mardi 18 janvier 2011

Le complexe de supériorité


Les musulmans sont persuadés d'être les seuls à détenir la Vérité au prétexte que leur coran est la "dernière parole divine révélée". La dernière religion révélée ne peut être que la bonne, elle est forcément la meilleure, l’unique, la seule véridique. D’autant, nous disent-ils, qu’elle n’a subi aucune altération puisque révélée dans la langue qui se parle encore aujourd’hui. Ce qui en réalité est faux, démonstration en a été faite par tout historien honnête (voir aussi mon article "Chroniques de la péninsule arabique"): la "révélation" a été faite en arabe qoraïchite, bien différente de la langue dans laquelle a été transcrite la 1ère compilation qui en a été faite et surtout bien différente de l'arabe classique contemporain. 

Et par ce postulat de la dernière révélation, le musulman (le soumis) se croit investi d'une mission divine, celle de montrer le vrai chemin à tous les égarés (c'est-à-dire à tous les non-musulmans), celle d'islamiser toute la planète. Il n'aura de répit qu'une fois tous les humains fondus dans la Umma. Ce qui confère au mahométan ce sentiment de supériorité sur toute l'humanité et ce qui fait de lui LE peuple élu.

Pour tout musulman, c'est établi une fois pour toutes: il est l'élu de Dieu: "Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes, vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. Si les gens du livre [chrétiens et juifs] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Il y en a qui ont la foi, mais la plupart d’entre eux sont pervers" (sourate 3 verset 110). Il en profite pour s'accaparer l'Histoire des Juifs, ses prophètes et sa genèse: "Allez-vous argumenter contre Dieu, qui est votre seigneur comme il est le nôtre? [...] Ou direz-vous qu'Abraham, Ismaël, Isaac et Jacob, ainsi que les 12 tribus, soient juifs ou chrétiens?" (sourate 2 versets 139/140).
 
L'esprit du djihad découle naturellement de ces versets et ceux des croyants qui empruntent ce chemin auront un au-delà de délices. Deux hadiths, rapportés par Muslim, étayent parfaitement cet esprit: 
- "d'après Abu Hurayra, le messager de dieu a dit: j'ai été désigné pour combattre contre les hommes aussi longtemps qu'il ne prononcent pas la profession de foi [il n'y a de dieu que dieu]"
- "d'après Abu Burda, le messager d’Allah a dit: aucun musulman ne mourra sans que dieu n'admette à sa place un juif ou un chrétien dans le feu de l'enfer"). 

Ce sentiment d'élu supérieur développé chez les soumis s'applique bien évidemment dans les rapports avec les femmes: le mâle est dominant! Le coran apporte encore au mahométan la preuve la plus éclatante de la prééminence de l'homme sur la femme et la plus incontestable des supériorités:

"Les hommes sont des directeurs pour les femmes, du fait que Dieu a placé chez les premiers des qualités par lesquelles il les a élevés au-dessus des secondes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises. Elles doivent conserver soigneusement pendant l’absence de leur mari ce que Dieu a ordonné de conserver intact. Quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles et confinez-les dans leurs lits, vous les battrez, mais aussitôt qu’elles vous obéissent, ne leur cherchez plus querelle. Dieu est élevé et grand". (sourate 4 verset 110). 

Ce sentiment s'applique tout aussi naturellement aux esclaves. Si vous questionnez un musulman sur le sujet, sa réponse sera invariablement la même partout: l'esclavage n'existe plus de nos jours. Il oubliera, volontairement ou non, de citer l'Arabie Saoudite et le Soudan, 2 pays qui le pratiquent encore. Sans poser trop de problème aux instances internationales, ONU en tête. Comme il est impensable pour un soumis d'apporter la moindre modification à son livre-référence, l'esclavage n'est donc pas (et ne peut pas) être aboli. 

Ce sentiment s'applique aussi aux juifs et aux chrétiens, que le coran traite de la pire des manières (les chrétiens à un degré moindre). Ces passages sont explicites et servent de justification au pire racisme et au pire fanatisme: « eux que dieu a maudit, contre qui il s’est courroucé, dont il a fait des singes et des porcs qui ont adoré les Taghut, ceux-là ont la pire place et sont les plus égarés hors du chemin uni » (sourate 5). 
Ou encore:  "vous, transgresseurs de Sabbat, soyez des singes abjects !" (sourate 2).  
Le racisme le plus abject est ainsi est exprimé dans ces versets et dieu, comme si cela n'était pas suffisant, en rajoute: "Soyez d’ignobles singes" (sourate 7).

On le voit donc, à la lecture du coran, le musulman se donne des raisons de se croire supérieur et investi d'une mission dont l'objectif est d'établir ce califat planétaire dans lequel les non-musulmans n'auraient qu'une alternative: la conversion ou la mort. Ou, dans le meilleur des cas, uniquement pour "les gens du livre", le statut particulier de dhimmi, statut proche de l'esclavage. Un dhimmi est un croyant non-musulman ayant conclu un traité de reddition qui détermine ses devoirs, ses obligations et les limites de ses droits. Le dhimmi doit notamment acquitter un impôt de capitation (jizyia) et un impôt foncier (kharadj) tout en n'étant pas assuré de la même protection que le musulman, il lui est aussi interdit de construire de nouveaux lieux de culte ainsi que de faire du prosélytisme. Autrement dit, subir vexations, discriminations et humiliations. Où l'on se rend compte qu'en Europe, la réciprocité n'est évoquée par personne pour la construction des lieux de cultes, surtout pas par les adeptes de Mahomet. Là aussi, la justification se trouve dans le coran: "Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce que Dieu et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés." (sourate 9 verset 29). Le djihad trouve là aussi sa justification.

Pour arriver à ses fins, à l'instauration du Califat mondial, le musulman s'autorise à user de toutes les ficelles, y compris la taquia, le "mensonge utile". A l'origine, la taquia était la permission donnée aux chiites, alors persécutés par les sunnites, de mentir pour sauver leur peau, permission qui incluait aussi la possibilité de s'abjurer publiquement sans conséquences. La taquia s’est ensuite généralisée, et est aujourd’hui devenue l’obligation qui s’impose à tout musulman de mentir chaque fois que c'est utile pour l’islam. Parmi les adeptes de la taquia, Tariq Ramadan en est un bel exemple. 
Le plus connu des cas flagrants de taquia est l'interprétation du verset 35 de la sourate 47 par Hamidulla, personnage influent et reconnu de la communauté musulmane de France. Dans sa version de 1989, il traduit ainsi ce verset:  
- "Ne faiblissez donc pas, mais appelez à la paix, alors que vous avez le dessus. Dieu est avec vous, et il ne portera pas préjudice à vos oeuvres". 
Alors que dans sa traduction antérieure, on peut lire:  
- "Ne faiblissez donc pas et n'appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts, que Dieu est avec vous et qu'il ne vous frustrera jamais de vos oeuvres"

Un autre exemple de taquia qu'on retrouve dans la sourate 5: "Tuer une âme non coupable du meurtre d’une autre âme ou de dégâts sur terre c’est comme d’avoir tué l’humanité entière. Et faire vivre une âme c’est comme de faire vivre l’humanité entière". Les musulmans aiment à la citer pour nous prouver qu'on est face à une religion de paix et d'amour. Ils omettent volontairement de signaler que, pour le coran et pour Mahomet, âme désigne "l'âme du musulman" et humanité ne désigne que "le musulman, le soumis".


L'islam partage le monde en deux, les croyants (les croyants en la seule vraie religion, l'islam) et les autres. Entre le Dar-el-Islam (Maison de la Soumission/de la Paix) et le Dar-el-Harb (Maison de la Guerre). Dar-el-Islam désigne les territoires sous gouvernement musulman, Dar-el-Harb désigne les territoires administrés par des non-musulmans. Le musulman se doit de faire la guerre aussi longtemps que les habitants du Dar al-Harb refusent de reconnaître la souveraineté de l'islam. Autant dire tant qu'ils refusent la conversion, puisque l'acceptation de la souveraineté de l'islam sans conversion équivaut à accepter d'être un esclave. Le bon musulman doit donc porter la guerre dans tous les Dar-el-Harb du monde pour en faire des Dar-el-Islam. Obligation lui en est faite par le coran: « Tuez les infidèles où que vous les trouviez ». (sourate 9 verset 5). Le musulman peut être amené à vivre dans un état non-musulman, c'est le Dar-el-Kufar, la Maison des Infidèles. Son désir sera alors de tout mettre en oeuvre pour transformer cette maison des infidèles en Dar-el-Islam. L'islam est donc expansionniste, sa vocation est la domination du monde. Les moyens qu'il se donne: encore cette prétendue supériorité des Soumis sur tous les autres peuples. Dans sa vocation à combattre et à soumettre le monde et son rejet de tout ce qui n’est pas lui-même, l'islam s'arroge de la sorte une suprématie fanatique sur l'ensemble des humains. Une des raisons pour laquelle en Europe, par exemple, le racisme des groupuscules minables qui hantent les bas-quartiers des banlieues n’est pas près de disparaître, bien au contraire, alimenté d'une part financièrement par les pétrodollars déversés par les Saoudiens et d'autre part, par une armada de dégénérés de l’islam auto-proclamés imams et qui véhiculent encore ce message et d’autres, emplis de haine, à l’exemple de ces versets : « Ceux qui auront été incrédules, parmi les détenteurs de l’Écriture et les associateurs, seront dans le feu de la Géhenne où, immortels, ils demeureront. Ceux-là sont le pire de l’humanité ». (Sourate 98). Tout au long de la lecture de leur livre préféré, ils sont confortés dans leur sentiment de supériorité. Petit aperçu: 
- "Ceux qui auront été incrédules en nos signes, nous les ferons affronter un feu et chaque fois que leur peau sera desséchée, nous la leur changerons par une autre, afin qu'ils goûtent le tourment éternellement. Dieu est puissant et sage" (sourate 4).
- "Nous avons préparé, pour les injustes, un feu dont les flammes les entoureront. S’ils appellent au secours, on les secourra avec une eau comme de l’airain fondu qui brûle les visages. Quel détestable breuvage ! Quel abominable séjour !" (sourate 18).
- "Ceux qui auront été incrédules, parmi les détenteurs de l’Écriture et les associateurs, seront dans le feu de la Géhenne où, immortels, ils demeureront. Ceux-là sont le pire de l’humanité". (Sourate 98). 

Un autre aperçu, extrait de la sourate 9: 
- "À l'expiration des mois sacrés, tuez les polythéistes partout où vous les trouverez ! Capturez-les ! Assiégez-les ! Dressez-leur des embuscades ! S'ils se repentent, s'ils accomplissent la salât, s'ils s'acquittent de la zakât, laissez-les en paix, car Dieu est clément et miséricordieux." (verset 5).
- "Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier , ceux qui ne s'interdisent pas ce que Dieu et Son Prophète ont déclaré interdit , ceux qui, parmi les gens d'Écriture, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu'à ce qu'ils versent directement la capitation en toute humilité." (verset 29).
- "Ô vous qui croyez ! Qu'avez-vous à rester cloués au sol, lorsqu'on vous dit : «Allez combattre pour la Cause de Dieu?» Préférez-vous la vie présente à la vie future? Mais les plaisirs de cette vie ne sont-ils pas bien peu de chose, comparés à la vie future? Si vous refusez d'aller au combat, Dieu sévira durement contre vous et choisira un autre peuple pour Le servir, sans que vous puissiez Lui nuire en quoi que ce soit, car Sa puissance n'a point de limite". (versets 38 et 39).

Voilà la philosophie de la plus grande supercherie de l'Histoire et qui représente néanmoins un danger potentiel pour toute l'humanité.

jeudi 13 janvier 2011

Chroniques de la péninsule arabique



A) De l’authenticité du corpus coranique.
La révélation s’est faite en arabe qoraïchite, une variante des patois arabes et yéménites. Les premiers transcripteurs ont été les compagnons de Mahomet, notamment Ubbay ibn Kab et surtout Ziad ibn Thabit. Ils se sont attachés à consigner par écrit les sourates. Leurs transcriptions ont dans la plupart des cas été faites avec l’aide des récitants qui connaissaient chacun des sourates ou morceaux de sourates (versets plus ou moins longs). On les consigna donc sur des morceaux d’os de chameau, des morceaux de cuir, des feuilles de palmiers, etc.
Les successeurs de Mahomet, les premiers califes (Abu Bakr, Omar et Othman et Ali), vont tour à tour collecter les différentes transcriptions. Ainsi, après la mort de Mahomet, il y eut ce qui peut être considéré probablement comme une première compilation, faite par Ziad à la demande d’Abu Bakr, le beau-père de Mahomet et 1er calife. Elle le fut "sur des feuilles", sans autre précision. La collecte de ces feuilles est sujette à controverse : pour certains auteurs de hadiths, c’est Abu Bakr qui en fut le premier détenteur, alors que pour d’autres, dont le fameux Bukhari (véritable référence en matière de hadiths, il en a rassemblé plus de 600 000), ce serait Othman, le troisième calife. Celui-ci en aurait fait la version officielle et définitive qu’on a appelé depuis la "vulgate othmanienne". Mais nombre de versions (différentes pour la plupart) existent, en cette période où chacun semble vouloir être calife à la place du calife (comme l’Iznogoud de la BD) et successeur de celui qui n’a pas de successeur. Tandis que pour les chiites, la collecte en aurait été faite par le gendre de Mahomet, Ali. Comme j’ignore presque tout du chiisme, je n’en dirais pas plus.
En 644, Omar, second calife et lui aussi beau-père de Mahomet (qui a eu onze épouses, pas une de moins!), tente de faire détruire tous les autres corpus, dans le but de contrer les chiites. Mais il se trouva confronté à une impossibilité, puisque Hafsa, une des veuves du prophète, en détenait elle aussi: personne ne songerait à s’attaquer à la veuve de Mahomet. Ainsi, Omar ne put arriver à ses fins mais le temps a continué le travail pour lui : le fruit du labeur de copiste de certains compagnons, ayant échappé à la destruction, a été égaré pour toujours.
Ibn Mussad, un des récitants de Mahomet, connaissait une soixantaine de sourates par coeur. Il refuse à son tour de détruire son corpus, ayant constaté des différences dans le classement des sourates, ainsi que de nombreuses modifications dans le texte. Il sera considéré ainsi comme chiite. Une parenthèse sur le chiisme: il désigne les partisans d'Ali, gendre de Mahomet, qui entra en conflit avec les premiers califes ainsi qu'avec Aïcha, une autre veuve de Mahomet.
Abu Mussa aussi apporte sa contradiction : son texte recensé comporte de nombreuses variantes qu’il était en outre le seul à mentionner. Ibn Abbas, cousin de Mahomet, avait l’habitude de tout consigner sur Mahomet et ses compagnons. Ses écrits contredisent en beaucoup de points ceux de la vulgate othmanienne. Il est considéré par les Soumis comme l’exégète le plus complet et le plus grand des savants de son époque. Ils omettent simplement de signaler qu’il se révéla surtout être un petit brigand des sables qui, en abandonnant son poste de gouverneur de Bassorah, est parti avec ... la caisse, comme un vulgaire voleur. Lui le grand Uléma ! Parmi les collectionneurs, il faut aussi citer Asma, fille de Umays, dont on reparlera à propos des hadiths.
A la mort de Omar, les feuilles qu’il détenaient revinrent à sa fille (et veuve de Mahomet), la belle Hafsa. En plus de sa beauté, elle était une des très rares femmes de l’époque à être instruite, ce qui était suffisant pour instiller un doute sur des manipulations possibles. Ce n’est que 20 ans après sa mort que le calife de Médine, Marwan, fit détruire les feuilles qu’elle hérita de son père, arguant de ce prétexte : "je crains qu’avec le temps, quelques sceptiques n’émettent des doutes sur la véracité de ces feuilles". Donc, pour supprimer le doute, le plus simple est de supprimer la cause du doute, les feuilles. Pour guérir une maladie, supprimons le nom de la maladie! Mais il avait pressenti le danger bien réel : les fameuses feuilles de Hafsa contredisaient trop la vulgate othmanienne.
Que dire dans ces conditions de cette "vulgate officielle" qui ne cessait pourtant pas d’être remaniée et qui comportait tant de variantes ? Sachant que tout ce beau monde avait chacun une lecture bien personnelle, qui était interprétée par chacun des autres comme sans valeur, ce qui a conduit les musulmans à se rebeller les uns contre les autres. Pourtant Dieu ne leur avait-il pas enjoint de ne pas s’entretuer, de garder leur cif tranchant pour les Juifs, les Chrétiens et les insoumis ? Une solution, il faut réviser la vulgate d’Othman. On s’attela alors à ce travail (ce tripatouillage) qui consiste entre autres à introduire la notation des voyelles brèves (ces signes placés au dessus ou en dessous des lettres), on ajouta les signes diacritiques (ce qui équivaut pour le français à placer des signes comme cédilles et trémas), on rectifia les fautes d’orthographe et les erreurs de transcription dues aux copistes, etc. C’est lors de ces révisions qu’on donna aussi des titres aux sourates. Autre modification, des plus importantes : à l’époque Abbasside, vers 750, on changea complètement de style en adoptant le style de Coufa (ville d'Irak et bastion d'Ali et des premiers chiites) au détriment de l’originel, le style du Hedjaz. Les graphies anciennes vont disparaître complètement.
Toutes ces révisions ne peuvent pas être sans conséquences sur le sens initial du "message" originel ! D’autant que s’ajoutent à cela tant de conflits sociaux, de conspirations, de conjurations qui ne sont pas sans effet sur le texte, en perpétuelle remise en cause. Guerre de clans et conflits entre Aïcha et Ali, vendetta des Ommeyades contre Othman, conjuration des Alides contre le même Othman, encerclé dans sa "Maison", révolte des "Ambitieux" menés par Muawiya, et surtout les batailles restées célèbres comme celle des Chameaux (Aïcha y assista sur un chameau protégé d’une "armure de fer", d’où le nom), bataille de Siffin, extermination des Kharijites (les Sortants) lors de la bataille de Nawrawan, etc, sans oublier l’assassinat d’Ali, dans sa ville de Coufa, à l’intérieur-même de ce lieu réservé au culte de Dieu qu’est la mosquée. La suite ne sera guère mieux. C’est dans ce climat délétère que se dégagèrent les 4 écoles religieuses du sunnisme: la hanafite, la malékite, la shafiite et la hanbalite.
En résumé, les transcriptions détenues tour à tour par Abu Bakr et Omar furent jugées incomplètes et imparfaites par la plupart des prescripteurs. Vinrent ensuite les guerres entre les différents courants, guerres idéologiques et guerres d’ambitions, guerres entre tribus et clans, avec le cif (cimeterre) et avec le verbe. En plus de tous les tripatouillages non recensés et non répertoriés, tous les marchandages, les règlements de compte, etc... Plus d’autres tripatouillages supposés, par les adeptes d’Ali. Ainsi, de tout ce fatras et cet imbroglio va sortir l’orthodoxie des mahometans. Il faut aussi savoir que près de 3 siècles séparent la première collecte faite par Othman de la version "complète et officielle" du "Chefs des Lecteurs" de Baghdad, Ibn Muhajid, mort en 936. Les différentes versions intermédiaires ont par ailleurs été sujettes à d’interminables querelles entre grammairiens, entre exégètes et entre grammairiens et exégètes, au fur et à mesure que le système d’écriture se diversifie et se complique.
Ainsi, les variantes se multipliant à devenir pléthore, on arriva à considérer vers l’an 750 que toute récitation est bonne pourvu qu’on respecte le sens (sic). Mais, de quel sens s'agit-il? Car le sens originel était bel et bien perdu, et pour toujours ! Entretemps, les Ummeiyades, notamment durant le règne de Muawiya (661 à 685) trouvent la parade : faire disparaître les manuscrits anciens. A leur habitude, les musulmans résolvent le problème de manière lapidaire et irrémédiable, en supprimant tout ce qui gène. Par la même occasion, le sang va couler à flots : guerres civiles et religieuses contre les kharajites, les chiites et les Qoraïchites. La chronique de ces massacres est trop longue, ce qu’il faut savoir c’est que ça continue ainsi jusqu’au règne de Hisham (729 – 743) et qu’entre-temps, il y eut la première conquête de l’Afrique du Nord (Tripoli en 647, Tlemcen, Volubilis, Agadir, entre 680 et 682). Pauvre de nous, chers concitoyens Kabyles ! Ils n’auraient pas pu rester à s’entretuer sur leur territoire asiate ?
Pour compléter l’article : la version othmanienne est suspectée à juste titre de comporter trop d’anomalies dues à plusieurs facteurs : écriture arabe encore incertaine, forme des lettres non normalisée, variation du texte d’un scribe à l’autre, etc. Les voyelles brèves n’étaient pas notées, de sorte qu’un mot pouvait avoir plusieurs significations, par exemple : KTB pouvait signifier "scribe", "livre", "il a écrit", etc . Cette absence de notation des voyelles ne permettait pas non plus de déterminer pour un mot s’il est nom commun (voyelle u en arabe), complément d’objet (voyelle a) ou complément circonstanciel (voyelle i). Le récitant se retrouve ainsi dans la position d’un musicien dont la partition n’aurait ni clefs, ni bémols, ni dièses, ni mesure, ni valeur de notes. (ref. Roger Caratini, p. 214/215).

B) Les anciens Corans retrouvés
Le plus vieux manuscrit retrouvé semble être celui de Tachkent (Ouzbékistan), ce serait le seul vestige de la vulgate otmanienne (donc en caractères coufiques, version altérée puisque les seules "pures" ont été écrites dans la version du Hedjaz). Est-il complet ou non ?
Sinon, il y a également un autre manuscrit, incomplet, qui daterait de 1164 et conservé dans une mosquée de Jiezi (province de Xinhua, Chine).
Quant aux formes actuelles, il y eut d’abord une 1ère version imprimée faite à Venise mais détruite sur ordre en 1530 (on se méfie toujours de ce qu’on ne connait pas, monsieur Gutenberg !).
Quant à l’édition imprimée la plus ancienne recensée, c'est celle de Saint-Petersbourg et elle date de 1787.
Enfin, jusqu’en 1937, l’édition de référence a été celle rédigée entre 1858 et 1860 par ... Wüstenberg, ça ne s’invente pas !!!
Voilà donc la réalité de ce livre que les adeptes de Mahomet considèrent comme étant la transcription de la parole divine, dans une langue pure, inaltérable et inaltérée et qui n'a subi et ne subira jamais aucune modification.



C) De l’authenticité des hadiths.
Pour les hadiths, il faut savoir que leurs transcriptions ont été faites sur une échelle de temps très longue, presque 2 siècles. Les premiers transcripteurs sont les compagnons, qui s’attachent à consigner par écrit les actions, comportements quotidiens, paroles, gestes, allusions, etc de Mahomet.
Où on reparle de Asma : elle fut la troisième épouse de Abu Bakr avant d’être mariée à Ali, dont la première épouse est Fatima, fille de Mahomet (ces mariages croisés, "en famille", étaient monnaie courante à l’époque !) . Personnage important, car il était admis que Fatima lui aurait conté plusieurs traditions liées à son père. Elle est ainsi devenue une des principales sources de hadiths. Avec Aïcha, la prolixe, qui meurt 46 ans après son prophète de mari et qui, à ce titre, est considérée comme une source très précieuse. Où il apparaît qu’on peut faire confiance aux femmes, malgré les sourates qui exhorte les hommes à s'en méfier, malgré la sourate qui veut que leur témoignage ne peut être valide que si elles sont 2 à le faire simultanément ! Ne chipotons pas, considérons qu’en tant que veuve de Mahomet, Aïcha a gagné ses galons de conteuse crédible. Ces récits, étoffés au fil du temps, constituent avec le texte coranique ce qu’on dénomme la sunna (la tradition), que chaque sunnite se doit donc de suivre aveuglément. Ainsi, si Mahomet urine d’une certaine manière ou mastique une datte pour en faire une bouillie à donner au nourrisson, cela est consigné et les Soumis devront reproduire son geste à travers les temps et toute la Umma devra s’y conformer. Les récits ainsi rapportés forment les hadiths, transcrits vaille que vaille à travers ces presque 2 siècles.
Face au danger d’éclatement de l’islam par les nombreuses guerres et querelles internes, il devint urgent de les recenser et d’en vérifier l’authenticité. Le mot est lâché : authenticité ! Comment faire pour certifier un texte quand les protagonistes sont morts, quand les compagnons ne sont plus là. On imagina une chaîne de "garants", qui devaient être composée d’au moins 3 personnes : un "exégète" (compagnon, épouse, ami), un témoin oculaire et un participant, la chaîne pouvant aller jusqu’à 4 ou 5 rapporteurs (ou même plus ?), qui pouvaient être un transmetteur, un affranchi ou encore un élève d’un des "lecteurs" de Mahomet ). Ainsi, un hadith authentifié peut commencer de cette manière : "Untel a dit à Untel, qui l’a rapporté à Untel, qui l’a transmis à Untel que le Prophète ...". Chaîne à 4 garants. Pour qu’il soit considéré comme sahih (sain) donc être authentifié, il suffit que le premier Untel soit une épouse, un compagnon (nom donné aux premiers convertis d’avant Médine) ou un ansar (compagnon d’après la période médinoise). Peu importe alors si le dernier rapporteur a vécu 30, 40 ans ou plus après le premier. Peu importe qu'il ait bien compris ce qui lui a été dit. Peu importe s'il n'a pas enjolivé le récit à sa manière. Peu importe aussi que l'avant dernier transmetteur, dans une chaîne de 3 ou plus, n'ait pas fait les mêmes erreurs ou manipulations. Les transmetteurs n’étaient pas contemporains de Mahomet, ils vécurent pour certains au VIIIème et IXème siècles de l’ère chrétienne, tel Hafs ben Suleyman, mort en 874, ou encore Hisham ben Amar, mort en 860.
On comprend aisément que les transcriptions, les chaînes de garants, les polémiques aient donné des textes pour le moins sujets à caution, où le hasard et les modifications aléatoires jouent un rôle trop important, loin de la volonté déclarée d’établir un texte véridique. Pour un esprit rationnel enclin au pragmatisme, la question d’authenticité dans ces conditions ne peut être certifiée, compte tenu de tous les aléas liés aux transcriptions ainsi qu’aux sources. Et dans ce cas, on ne parlerait alors que de probabilités. Mais il n’en va pas de même pour les Bukhari, Muslim, Abu Daoud, Tirmidhi et les autres ! Et, si Bukhari et Muslim sont considérés comme "rigoureux", c’est-à-dire intègres dans les limites plus qu’aléatoires qu’ils se sont fixés eux-même, il en va tout autrement pour d’autres, tel Tirmidhi, pourtant reconnu, qui ne s’embarrasse pas de fioritures en n’exigeant pas un garant reconnu ou encore comme al-Nasaï qui se satisfait d’un garant qui ne serait pas déclaré non crédible par tous les autres. Pourtant, les hadiths de Tirmidhi sont considérés sahih et al-Nasaï était un élève de Abu-Daoud.
Ce qui donne des hadiths de ce type (ce n'est pas le plus violent ni le plus incrédible!) [Muslim, n° 4016]:
"D’après Abu Hurayra,le prophète a dit : si quelqu’un, sans que tu l’y aies autorisé, regarde dans ta maison, tu n’auras commis aucune faute si tu lui crèves un œil".

D) La sunna des musulmans
Voilà ce bel ensemble qui est appelé Sunna, composé de ce texte "véridique", cette "parole descendue de Dieu", par Dieu lui-même "derrière un voile", ou par l’intermédiaire de l’ange Gabriel aux 600 Ailes, dans "la langue inaltérable et inaltérée" du désert arabique, au VIIème siècle de l’ère chrétienne, avec son chapelet de traditions-hadiths tout aussi abracadabrantes ... et qui perdurent jusqu’à nos jours. Un ensemble de textes pour idolâtres et uniquement pour eux. Mais, au fait, l’idolâtrie n’est-elle pas contraire aux principes édictés par ce Dieu "plein de sagesse et de bon sens" ? Un ensemble de textes qui a pour fondement, pour fondation, un livre où ne figure pas une seule fois le mot honneur mais où il a été donné neuf noms à l’enfer : An Nar ( sourate 2 verset 24), Al Jahim (sourate 2 verset 119), Jahannama (sourate 2 verset 206), As Saïr (sourate 4 verset 10), As Samum (sourate 52 verset 27), Saqar (sourate 54 verset 48), Sidjine (sourate 83 verset 7), Hawiyah (sourate 101 verset 9) et Al Hutamah ( sourate 104 verset 4). Afin que les Soumis n’oublient pas de se frapper le front contre le sol, 5 fois par jour, pour y échapper !

Sources: - « L’islam cet inconnu » par Roger Caratini, éd. Michel Lafon (2001)
                 - islammedia.free.fr
                 - islamreligion.com
                 - al-islam.com (site officiel du Ministère saoudien du culte)

Publié le 16 juillet 2009 sur ADN.com, complété et mis à jour.

mercredi 12 janvier 2011

Religion (bis).

Dans l'article précédent « Religion d’ignorants et religion de sachants », j'ai essayé d'expliquer le glissement qui s'est effectué, de l'islam des « ignorants » vers une religion d'érudits, de "connaissants", de sachants. Une radicalisation que chacun a pu constater et qu'on peut appeler comme on veut: wahabbisme, salafisme, ... mais qui n'est, en réalité, qu'un retour aux sources véritables, l'Islam du Livre. L'application stricte des Ecritures. L'islam doctrinal pur et dur.

Durant ces dernières décennies, les aléas de l'Histoire ont amené les musulmans à étudier leur dogme et ainsi à mieux le connaître. Je pense que la raison principale de ce « renouveau » est dû à la révolution iranienne: face à l'influence qu'a engendré la victoire du chiisme des ayatollahs, les sunnites devaient réagir; c'est ainsi que les Etat musulmans, pays du Golfe persique en tête, déversèrent leurs pétro-dollars sans compter pour ne pas rester à la traîne. Dans le contexte de leur environnement, les musulmans se sont ainsi radicalisés. Pas seulement dans les pays où ils sont majoritaires, pas seulement dans ces pays instables dirigés depuis la nuit des temps par des dictatures, en Kabylie ou ailleurs. Car les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, ceux d'Occident ne dérogèrent pas à cette règle. Particulièrement en Europe de l'ouest, particulièrement en France.

Il y a quelques années, les musulmans de France étaient presque invisibles, on n'entendait jamais parler d'eux. Aujourd'hui, ils « envahissent » l'espace public, poussant leur jalons toujours plus loin. Leurs demandes sont sans cesse à la hausse. En prenant son temps, pour ne pas brusquer. Il est important de laisser le temps agir sur les consciences, laisser les habitudes s'installer graduellement, laisser les faits se banaliser. Une revendication passe mal? Aucune importance: une légère reculade, pour mieux reprendre son élan le moment venu. Et le temps finit par faire son oeuvre: les comportements les plus étranges sont banalisés. Ainsi, dans certains quartiers de Paris, la prière du vendredi descend dans la rue, bloquant toute autre activité. A ceux qui s'en offusquent, on répond qu'ils ne sont que de vulgaires racistes, des xénophobes de bas niveau. Comment peut-on à ce point faire l'amalgame entre religion et race, confondre critique d'une religion et racisme? Va-t-on aller jusqu'à légiférer pour interdire toute critique, toute manifestation antireligieuse? Lors de « l'affaire des caricatures », le procès intenté contre Charlie Hébdo par les musulmans est symptomatique de cette volonté. En juin 2010, l'interdiction du rassemblement « saucisson et pinard » semble être un indicateur de cette dérive vers une société moralisatrice: une « élite » bien-pensante et consensuelle viendrait nous dire la bonne parole et la piétaille n'aura plus qu'à s'exécuter: circulez, y a rien à voir!!!

C'est ainsi que le « paysage politique » français s'est trouvé chamboulé: aujourd'hui, les sujets de société récurrents se rapportent à l'islam et à sa façon de remettre en cause, sans répit, la société laïque que des générations ont eu du mal à mettre en place dans notre pays. Ainsi, on a eu entre autre l'affaire du foulard à l'école, les demandes d'aménagement d'horaires spéciaux pour femmes dans les gymnases et piscines, les revendications communautaires au sein des entreprises (menus halal, espaces dédiés au culte, ...), les constructions de mosquées, le hidjab et le niqab, etc. On constate aussi dans l'enseignement public un taux d'absentéisme défiant toutes les statistiques à l'occasion de fêtes religieuses. Ce qui préfigure peut-être une revendication future: intégrer dans le calendrier scolaire les fêtes musulmanes, au même titre que Pâques, la Toussaint ou Noël. Cet excès de religiosité a aussi d'autres conséquences assez inattendues, comme le taux élevé d'accidents du travail en période de ramadan, comme cette initiative pour le moins surprenante de cette chaîne de restauration rapide qui ne sert dans ses établissements que des menus halal, et tant pis pour ceux qui mangent du boeuf non égorgé, tant pis pour ceux qui se régalent de jambon: qu'ils aillent à la concurrence! Parallèlement à ces problèmes, on constate une recrudescence de l'anti-féminisme, de l'anti-sionisme et de l'homophobie.

Alors, y a-t-il des limites à respecter, de part et d'autre? Y a-t-il un arrangement possible capable de préserver la laïcité et les principes républicains? Y a-t-il volonté réelle d'une intégration qui n'inclut pas dans ses rêves absurdes l'hégémonie universelle? La religion peut-elle ne pas s'inscrire continuellement dans l'espace public et se cantonner à la sphère privée? Peut-elle se fixer les mêmes limites que s'est imposée la France par sa loi du 9 décembre 1905? La hiérarchie musulmane de France (Union des Organisations Islamiques de France, Institut Musulman de la Grande Mosquée de Paris, Comité de Coordination des Musulmans turcs de France, Fédération des Associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles, etc, pour la plupart regroupés au sein du CFCM) ne donne aucune réponse claire à ces questions. Aucune réponse non équivoque. La communauté musulmane de France pratiquerait-elle la taquia?


Religion ...

Pendant plus d'un an, j'ai été un des contributeurs du site aujourd'hui disparu «Afrique-du-Nord.com».
Dernièrement, les créateurs du site ont décidé de le fermer, pour des raisons qui leur sont personnelles.

Je met en ligne un des articles que j'ai eu la chance de voir publié sur «Afrique-du-Nord.com» et auquel j'ai apporté quelques modifications et précisions:


Religion d’ignorants et religion de sachants. (9 décembre 2009)


L’islam de mon grand-père n’avait rien de glorieux : il ne cherchait à s’imposer à personne. C’était l’islam de l’ignorance, celui des connaissances plus que limitées. En dehors du marabout du village, qui a dû l’étudier dans quelque madarsa (peut-être celle de Michelet, ou encore de Djemâa- Saharidj, cité fondée par Rome?), personne ne pouvait en réciter la moindre sourate, à part celles, bien entendu, utilisées dans la prière. C’était l’islam de l’à-peu-près, l’islam de l’habitude, presque de l’indifférence, tant la pratique était d’abord sujette aux vicissitudes quotidiennes : le travail passe avant, s’il reste du temps, on se plie à ses obligations, sinon, Dieu est pardonneur. Quelques mythes étaient accrochés à cette croyance, distillés ça et là par le marabout. Il est arrivé, une nuit suivant un enterrement, qu’on entendre des cris étranges venant semble-t-il de la tombe fraichement recouverte de terre : c’était l’effroi dans tout le village, car Azrayen (Azraël l'Ange de la Mort, selon les croyances judéo-chrétiennes) était certainement en train d’accomplir son oeuvre. On ne cherchait pas d’autre signification, on ne pouvait évidemment pas se douter que le pauvre malheureux était tombé dans le coma et qu’il se serait réveillé, poussant ainsi des cris de désespéré. Les autres mythes concernaient bien sûr le Prophète, toujours enjolivées comme cette légende qui veut qu’au contact du sol, sa morve aurait donné naissance aux narcisses (takhlult n-nnvi, pluriel: tikhlulin n-nnvi.  Littéralement: la morve - les morves - du Prophète).


La religion des naïfs.


La pratique était loin d’être assidue, à l’opposé de ce que l’on peut voir aujourd’hui ; la plupart du temps, la mosquée était quasiment vide : au moment de la prière, seuls 4 ou 5 parmi les plus vieux faisaient entendre leurs psalmodies. Le marabout était tellement désœuvré qu’il s’était acheté une vieille guimbarde et s’était mis à faire le taxi, par désœuvrement. Marabout converti en ... taxi clandestin, une bonne manière d'arrondir ses fins de mois, lui, le salarié de la fonction publique! Car en terre d'islam, les cheikhs, marabouts et autres gourous sont des fonctionnaires de l'Etat! Le seul jour où le marabout pouvait être satisfait, c’était le vendredi. Au retour du marché (ssuq n-L'djemâa, marché du Vendredi), on faisait un déjeuner copieux, généralement à base de grillades. Partout dans le village montait une bonne odeur d’huile frite dans laquelle on jetait des tranches de cœur, de foie ou de steak. Morceaux de roi, pour nous. Ensuite les hommes se rendaient à la mosquée ; plus par habitude et pour se retrouver que pour écouter le marabout et ses histoires. D’ailleurs, ses histoires, on ne les écoutait que d’une oreille, c’était souvent les mêmes : Cid Ali, gendre du Prophète, terrassant une fois des dragons ou je ne sais quels autres animaux fabuleux, d’autres fois des armées entières, qu’il envoyait ad patres à l’aide de son fameux Ccif (cimeterre) trancheur de têtes. Ou encore des histoires mettant en scène l'Ange Djibril (Gabriel) au 600 ailes. Ou bien, les légendes de Suleyman (Salomon) dont l'armée était composée de surhommes, d'animaux doués de parole et de djinns (créatures surnaturelles créées « de la flamme d'un feu sans fumée » et qui ont un pouvoir de contrôle psychique sur les humains).


Religion de naïfs, vous disais-je !


Ma grand-mère, qui était une femme sensée, disait souvent : « je n’ai pas de temps à perdre à aller me martyriser les genoux: quand on meurt, on vous met dans le trou et tout est fini ! ». A elle aussi, son bon-sens faisait passer le travail avant tout. Comme toutes les femmes du village, elle avait toujours son amendil (foulard) coloré sur la tête. On ne voyait jamais aucune femme avec autre chose que amendil sur la tête et même dans les villes comme Tizi Ouzou, on ne voyait jamais ni hijab ni haïkh. Uniquement amendil, beaucoup plus proche d'ailleurs du foulard européen que de tous ces couvre-têtes qu'on voit de nos jours arborés ostensiblement.
J’avais également un grand-oncle paternel, qui « avait fait 14/18 et c’est pas ce qui lui est arrivé de mieux », comme il aimait à dire, ce qui ne l'empêchait pas d'exhiber fièrement ses multiples médailles de blessé de guerre. Il était loin d’être un assidu des prêches maraboutiques. Il a été vacciné une fois pour toute de la religion le jour où il dut rentrer chez lui pieds nus : les chaussures qu’il venait d’acheter le matin-même au ssuq du Vendredi ont dû plaire à un dévot, il lui a laissé ses vieux « arkassen » (sorte de sabots fait de cuir épais et durci, qu'on mettait généralement pour aller aux champs) craquelés et boueux. Il n’a jamais retrouvé ses chaussures neuves mais ne s’est pas gêné de crier dans tout le village tout le bien qu’il pensait des adeptes du maraboutisme et des « suppôts du diable qui volent les honnêtes gens et espèrent le paradis ». Il a juré et tenu parole, on ne l’a plus jamais revu à l’intérieur d’une mosquée, même pour les cérémonies ou fêtes les plus solennelles. J’ai le souvenir des invectives qu’il adressait à sa femme, une pauvresse dévote ayant tellement peur de la mort qu’elle faisait 3 mois de ramadan par an, au grand dam de son mari.
Bien sûr, presque tout le monde dans le village faisait le ramadan. Mais ceux qui ne le faisaient pas n’avaient nullement besoin de s’en cacher, c’était au su de tous et ils n’étaient nullement inquiétés, n’étaient sujet à aucune moquerie ou mise à l’écart quelconque. Bien entendu, par pudeur et par respect, il ne mangeaient ni ne buvaient au vu de tous. Les longues nuits de ramadan se passaient au café maure (d’où le vin n’était pas absent, même en cette période) à jouer à « rounda » (jeu de carte espagnol très prisé en Kabylie) et aux dominos, jeux pourtant on ne peut plus haram (illicites).
Des amateurs de la dive bouteille, il y en avait aussi quelques-uns, au village. Quelques fois, on les voyait revenir des champs en titubant, on savait que leurs calebasses ou leurs bouteilles Thermos ne contenaient pas du thé et personne ne trouvait à redire. Chacun faisait ce qu’il avait envie de faire, dans la mesure où il n’incommodait pas les autres, tout le monde était ainsi satisfait et le village vivait en bonne harmonie.
Les fêtes avaient des allures païennes : normal, on ne ressentait nul besoin d’en connaître le vrai esprit religieux, ce sens s’était perdu dans le temps. Bien sûr, on chantait « l-mulud n-nnvi » (qui commémore la naissance du Prophète) et on en connaissait la signification. Mais pour nous, c’était avant tout une occasion de rompre avec notre dure réalité quotidienne de paysans. Pas plus de signification à en tirer que la fête en l’honneur du dieu païen Anzar de nos ancêtres, ce qui n’était pas plus mal. Pour ce peuple on ne peut plus tolérant, si le paradis existe, ils ne se mérite pas à ce genre de démonstration ou de manifestation, mais à son comportement quotidien vis à vis des ses semblables.


L’islam d’aujourd’hui.


Contrairement à celui de mon grand-père, c’est l’islam étudié, assimilé, connu par coeur. C’est l’islam des sachants. Le pays s’asiatise petit à petit. La dérive des continents n’y est pourtant pour rien, l’Afrique du Nord est toujours arrimée à son continent. Il s’agit ici d’une chose bien plus grave, il s’agit de dérive des mentalités et de dérive culturelle : la culture ancestrale est délaissée, au profit d’une culture d’importation, une culture débarquée tout droit de la lointaine Asie.
L’islam d’importation, venu de Kaboul, de la vallée de Swat, de Kandahar, de Riyad ou de Sana’a, ou de tous ces endroits à la fois. Islam des sachants revisité en version kabyle, kaboulienne, devrait-on dire. C’est l’islam qui n’en finit pas de construire ses mosquées au détriment de tout le reste, c’est la religion de la pratique assidue, de celui qui se pose la question de savoir s’il peut interrompre sa prière pour porter secours à son voisin. L’islam à qui les mosquées ne suffisent plus : on prie sur les trottoirs, on prêche dans la rue, au marché, à l’atelier, à l’usine, au bureau. La religion qui veut englober tout humain, le phagocyter.
Aujourd’hui, la mosquée du village s’est équipée d’un haut-parleur, afin que personne ne puisse dire qu’il n’a rien entendu. Elle est pleine à craquer pour chacune des 5 prières, elle déborde dans la ruelle étroite qui traverse le village de part en part, bloquant toute circulation. Vieux, jeunes, adolescents, c’est à celui qui montrera le plus de zèle. Aujourd’hui, à l’heure des prières, la vie du village s’arrête, paralysée. Les hommes qui résistent encore, peu nombreux, restent cloitrés chez eux par la force des choses, les femmes ne peuvent plus aller chercher l’eau à la fontaine : traverser le village est tout bonnement impossible. Au rythme où vont les choses, ils seront bientôt étrangers et parias chez   eux ! Des dhimmis! Pour ceux qui ignorent ce qu'est un dhimmi: tout croyant non-musulman ayant conclu un traité de reddition (dhimma) qui détermine ses droits et devoirs, à qui on impose notamment le paiement d'un impôt en contrepartie de la liberté de pratiquer son culte, mais liberté assortie de contraintes.
Petit à petit, le hijab remplace notre amendil, le khamis remplace le pantalon et la barbichette remplace la moustache. Moustache traditionnelle qui symbolisait le nife (l'honneur) des Kabyles, autrefois. Il ne manque à la panoplie que la couleur rouge du henné pour finir de rendre diaboliques toutes ces barbiches. Petit à petit, la vie ordinaire se mute en vie consacrée au culte et à lui seul. On vit la religion, on la respire, elle transpire à travers chaque pore de chaque individu. On vit dans l’espérance de son triomphe, qui devra s’annoncer par la fermeture des bars, cinémas, théâtres et centres culturels. Et des écoles de filles.


La religion d’aujourd’hui, c’est celle qui envoie une femme en prison au seul prétexte qu’on a trouvé sur elle un feuillet contenant des parole bibliques. Car, de plus, il est devenu tout à fait normal de fouiller dans les affaires personnelles d’un citoyen ou d’une citoyenne, sans qu’il y ait délit, sans qu’il y ait abus de pouvoir. C’est la religion qui veut qu’un homme et une femme, vus ensemble, ont intérêt à présenter leur livret de famille qui atteste bien qu’ils sont mari et femme, frère et soeur, ou père et fille. C’est la religion qui unit les époux civilement, donc à la mairie, uniquement si la mariée présente un certificat de bonne conduite, c’est-à-dire de virginité. Car c’est bien là le rôle du maire, n’est-ce pas, de veiller à l’honneur des familles ! C’est la religion qui jette au trou un pauvre soldat pris en flagrant délit de rupture de ramadan. Exténué peut-être par sa dure journée de troufion sous un soleil de plomb. C’est la religion qui nous envoie ses linguistes pour nous traduire dans notre langue leur idéologie de peur et de mort: le Coran en langue kabyle est une de leurs priorités « sociales ». Idéologie de mort qui sert de tremplin à une vie éternelle hypothétique de délices et de félicités tout aussi hypothétiques. C’est la religion des Kabyles qui ont vendu leur âme et renié leurs coutumes et qui, quand ils nous parlent de traditions, nous renvoient à celles du Hedjaz d'Arabie, au VII ème siècle. Leurs traditions, pour toujours, disent-il.
C’est la religion de la chasse aux sorcières, la religion qui ne tolère sur son sol aucune autre, surtout pas la chrétienne, qu’elle projette d’anéantir. Ou au mieux, dans sa grande mansuétude, d’en faire ses dhimmis, que cette religion d’amour d’autrui, de partage et de compassion considère comme des êtres inférieurs. Des dhimmis Kabyles en pays kabyle ! C’est la religion de ceux qui, depuis leurs casemates et leur maquis, nous prédisent un avenir pachtoune, tout en égorgeant à qui mieux mieux. C’est la religion des sachants. Car s’il est une matière pour laquelle ils sont les meilleurs sachants, c’est bien leur idéologie. Jamais personne ne pourra leur reprocher la méconnaissance de leur dogme.


Est-ce cela, la religion de tolérance et de paix que veulent adopter les Kabyles ? Est-ce en cela, qu’ils retrouvent leurs valeurs ancestrales ? Leurs ancêtres doivent se retourner dans leurs tombes !

mardi 11 janvier 2011

Chrétiens de Kabylie


Il n'est pas facile de ne pas être musulman en Algérie, c'est un euphémisme de le dire. D'autant plus si l'on est chrétien. Il faut savoir toutes les brimades, les vexations, les intimidations et menaces dont ils font l'objet, au quotidien! On va même jusqu'à brûler leurs églises (ce fut le cas à Tizi Ouzou en janvier 2010, bientôt 1 an!) ou les emprisonner sous des prétextes anodins, fallacieux. On les accuse d'être prosélytes là où le prosélytisme de la religion d'Etat est roi. Ils doivent se cacher, se terrer, pour pratiquer leur rite. Certains d'entre eux n'osent pas dévoiler leur foi, jusque dans leur village, même à leurs voisins ou amis. Afin que personne ne vienne à les soupçonner, ils sont réduits à participer à des fêtes religieuses qui ne sont pas leurs, à pratiquer les rites de cette religion d'Etat dominante et dominatrice. Faire bonne figure pour que personne ne sache. Se cacher pour boire ou pour manger en période de ramadan. Simuler les 5 prières quotidiennes. Egorger le mouton pour commémorer la soumission d'Ibrahim (Abraham) acceptant d'égorger son fils Ismaël.

Mais la plus flagrante des injustices est peut-être dans l'histoire de cette jeune femme envoyée devant les tribunaux de Tiaret (la Sainte Inquisition?) au seul motif qu'on a trouvé sur elle, parmi ses affaires personnelles, un feuillet extrait de la Bible. Oui, pour moi, elle symbolise l'intolérence vécue par les chrétiens d'Algérie, qu'ils soient de Kabylie ou d'ailleurs.

Je sais trop bien leurs douleurs et leur désarroi. Pour cela, je suis très sensible à leur sort et je suis meurtri par ce qu'ils subissent, par les souffrances, morales et parfois physiques, qu'ils endurent chaque jour. Je sais aussi qu'ils doivent se sentir très seuls, particulièrement en cette période ou le monde s'apprête à fêter Noël et le Nouven An dans la joie. Très seuls et isolés, livrés à eux-même et à leurs bourreaux, et que leur lutte pacifique pour survivre est ignorée de presque tous, dans ce monde livré au mercantilisme effréné. Seuls et ignorés de tous, en premier lieu de Rome, qui ne daigne même pas leur délivrer le moindre message d'encouragement, à défaut de prendre leur défense. Seuls et ignorés de tous , en particulier ignorés des médias et des hommes politiques qui privilégient le "politiquement correct" et préférent les discours hypocrites mais "motivés par les contraintes économiques" (Ah! Le gaz et le pétrole!!!). Ignorés de ces politiciens dont la préoccupation principale est l'entretien de "bonnes relations", au détriment des valeurs humaines dont par ailleurs ils nous rebattent les oreilles à longueur d'interviewes. Pauvres chrétiens de Kabylie, dont l'Etat Central est pourtant censé garantir leur liberté de culte, et qui, si on lui posait la question, nous répondrait par sa complainte mille fois entendue "d'ingérence inacceptable dans les affaires intérieures d'un pays qui a acquis de haute lutte sa souveraineté contre le colon".

Chrétiens de Kabylie: peut-être sont-ils plus à plaindre que les Coptes d'Egypte ou que les chrétiens d'Orient, qui pourtant, vivent dans un monde cauchemardesque! Leur Chemin de Croix est d'être nés dans cet immense asile qu'est l'Algérie du FLN.

lundi 10 janvier 2011

Apostat Kabyle, AK.

AK, c'est aussi la transcription phonétique de « akka », qui signifie en kabyle « c'est comme ça, c'est ainsi ».
Voilà donc, akka!

Apostat et athée. J'ai trop étudié la Sunna (Coran et hadiths) pour qu'il en soit autrement. Une vieille histoire, qui a commencé pendant la « guerre d'Algérie », lorsque en 1958 le FLN nous a interdit l'école républicaine et laïque française pour nous embrigader, à nos corps défendant, dans les écoles maraboutiques. Dans notre village, à part quelques anciens qui avaient bourlingué hors de Kabylie, personne ne parlait ni ne comprenait l'arabe. Donc, après l'apprentissage de l'alphabet arabe, on nous fit ingurgiter les sourates coraniques, sans comprendre un traître mot de ce que nous apprenions. Apprendre par coeur les préceptes de cette religion, sans en saisir le moindre concept. Ce fut pour moi le déclic. Plus tard, avec l'âge, la curiosité me poussa à chercher à comprendre ce que, pendant ces 3 années de mon enfance, on s'ingénia à me rentrer dans le crâne. Comme la langue arabe était toujours pour moi aussi étrangère que le swahili ou le cingalais, je me suis procuré un Coran en français, en prenant bien soin de choisir une traduction authentifiée par des autorités religieuses reconnues et je me mis en « quête de savoir ». A mesure que j'avançais dans la découverte de ce dogme, je me rendais compte de l'abîme grandissant qui m'en séparait. Des années-lumières m'en éloignaient, définitivement. J'espère avoir la possibilité d'en parler dans le détail, de justifier en quelques sortes les raisons de cette apostasie. Puisqu'il suffit de naître dans un pays islamique pour être catalogué d'office comme musulman, je suis donc apostat de l'islam, sans jamais m'être senti le moins du monde musulman. Un paradoxe, mais en terre d'islam, ce qui manque le moins est bien le paradoxe!
Islam. Le mot se traduit en français par Soumission. Musulman se traduit par Soumis. D'emblée, ces termes interdisent toute tentative de remise en cause, toute forme de critique et tout libre-arbitre. On se soumet totalement, entièrement, sans se poser de questions à la « volonté divine ». Tout ce qui peut donc vous arriver n'est que ce fameux « mektoub », cette destinée, cette prédestination. Mektoub, littéralement « c'est écrit ». Donc cela doit arriver, par la volonté divine. Une forme de clonage moral et intellectuel, l'individu ainsi formaté se fond dans la masse, n'existe qu'à travers cette masse et uniquement pour cette masse, la « Communauté des Croyants », la Oumma (ou Umma), par la volonté divine. Volonté qui s'insinue jusque dans la plus stricte intimité de l'individu, jusque dans ses comportements les plus anodins, les pensées les plus profondes, pour mieux asservir.
Un point important que j'allais oublier de vous signaler: l'apostasie est encore, de nos jours, punie de la peine capitale dans les pays islamiques. Je suis donc potentiellement un condamné à mort.